Conférence – Rémi Beau, l’anthropocène en questions

Conférence – Rémi Beau, l’anthropocène en questions

Rémi Beau a donné une conférence le vendredi 25 octobre sur le concept d’Anthropocène et les questions qui s’y rattachent. Une quarantaine de personnes a participé à cette conférence gratuite.

Rémi Beau est docteur en philosophie de l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, ses domaines de recherche sont l’éthique environnementale et l’écologie politique. Il a par ailleurs co-dirigé en 2018 avec Catherine Larrère un ouvrage collectif intitulé Penser l’Anthropocène, paru aux Presse de Science Po.

La question de l’impact de l’homme sur son environnement est ancienne. Le terme Anthropocène aurait une première occurence dans les années 60, il a ensuite été utilisé au début des années 80 par le biologiste Eugene F. Stoermer et se popularise dans les années 2000 avec le géochimiste Paul Crutzen.

Anthropocène est un néologisme construit à partir du grec ancien « Anthropos » : être humain et « kainos » : nouveau, suffixe qui accompagne une epoque geologique. L’Anthropocène caractérise donc une ère géologique au cours de laquelle l’humain aurait un tel impact sur le système Terre qu’il serait devenu une force géologique.

Les débats et les questions sur le sujet sont nombreux. Le concept est loin d’être parfaitement circonscrit et selon les champs disciplinaires, sa définition et sa datation peuvent varier.

Quand faire débuter l’Anthropocène ?

Tout d’abord la question même de la pertinence du concept n’est pas tranchée. Certains géologues affirment que nous sommes entré dans cette nouvelle ère géologique, d’autres sont plus prudents et mettent en garde contre les décisions hatives liés à un emballement médiatique autour du thème.
De plus, le choix d’une date de début de l’Anthropocène reste discuté au sein de la communauté scientifique. Faut-il retenir comme date le début de l’agriculture et de l’élevage, c’est-à-dire 12 000 ans avant Jésus-Christ, 1784, date de l’invention de la machine à vapeur, ou encore le milieu du XXe siècle ?

Qui est responsable ?

Une des principales critiques adressée au mot Anthropocène est de gommer les inégalités très grandes du point de vue de la responsabilité en terme de déréglement climatique et de gommer le fait que les victimes sont les acteurs qui ont le moins contribués à cet Anthropocène.
C’est un des enjeux du débat entre l’Anthropocène qui rend responsable l’espèce humaine dans son ensemble et la notion de Capitalocène avancée par Bonneuil et Fressoz qui prend en compte les inégalités évoquées plus haut.

Quels sont les enjeux théoriques, philosophiques ?

  • La temporalité, qui n’est pas la même pour les géologues et les sciences humaines, qui elles tentent d’apporter un nouveau cadre théorique pour penser de nouvelles manières de répondre à l’urgence. Urgence qui s’associe mal au temps long de la geologie.
  • Le caractère anthropocentrique de la notion. Or il faut rapeller que quand nous transformons les cycles biochimiques de la planète, cela a aussi des consequences sur les êtres vivants non-humain. Des questions qu’il ne faudrait pas voir disparaitre derrière la notion d’Anthropocène.
  • Est ce la remise en cause du dualisme philosophique entre l’humain et de la Nature ? C’est un enjeu théorique tres important, entre la toute puissance de l’humanité prenant le pouvoir sur la Terre et le tout naturel (Monisme). On ne sort pas du dualisme par le monisme, mais par le pluralisme en tenant compte de la pluralité des situations, se poser à la fois comme force géologique et comme humain.
    Cette question nous oblige à repenser notre rapport au sauvage et les politiques de protection de la Nature.

Comment les politiques s’emparent du concept d’Anthropocène ?

Il y a accolée à la notion d’Anthropocène la question de la justice climatique. Qui est responsable, qui prend en charge, qui fera les efforts pour réduire l’impact de l’espèce humaine sur le système Terre. On a vu à l’occasion de l’accord de Paris comme il est difficile de s’entendre sur le sujet. Finalement chaque pays à définit les critères sur lesquels il s’engageait sans vraiment remettre en cause ses modes de productions et de consommations. Ce qui déclenche de nombreuses critiques de la part de ceux pour qui ce concept devait justement amener à la critique des nos modes de production et de consommation.

Pour aller plus loin :

France Culture : La suite dans les idées – L’anthropocène, mais qu’est-ce ?

L’anthropocène : une révolution géologique d’origine humaine Jean-Baptiste Fressoz

Laisser un commentaire